| Chanson
d’entrée : Raxinoar du Togo…
Générique.
JPA
: . Merci à ce groupe Raxinoar qui nous a chanté
ce matin, « Ma Darlin ». C’est un groupe
musical qui nous vient du Togo. Je vous l’annonçais
au début de cette émission que ce matin je reçois
un écrivain Togolais en la personne de Monsieur Dissirama
BOUTORA TAKPA qui a sorti son tout premier roman qui porte
le titre « Journal d’une bonne »…(fond
sonore) Les livres pour tout lecteur est une porte ouverte
sur le monde, et des milliers d’ouvrages sont publiés
chaque année de part le monde mais une question se
pose : trouvent-ils encore des lecteurs, ne serait-ce que
pour le plaisir de la connaissance et le souci d’être
éclairé sur les autres cultures ? J’ai
promené mon micro vers quelques rues de Lomé.
À la question de savoir combien de livre avez-vous
lu ces derniers temps, écoutez les réponses
que j’ai recueillies :
Anonyme : Je peux dire… deux
Anonyme : je n’ai lu aucun roman
Anonyme : à peu près trois romans.
Anonyme : Soleil des indépendances de Amadou Kourouma
et l’aventure ambiguë
Anonyme : Je n’ai pas compté, mais ça
peu atteindre dix (10) ou quinze romans.
Anonyme : J’ai lu au moins trente romans ces derniers
six mois. Parmi ces romans, il y a un enfant pas comme les
autres, Le droit de tuer, c’est un ouvrage qui parle
du fait d’accorder une peine à une personne qui,
en fait n’a rien fait de mal. J’ai lu aussi Le
cid, un livre de Pierre Corneille qui m’a beaucoup impressionné,
et que j’ai beaucoup aimé. J’ai lu aussi
d’autres livres, mais je ne me souviens pas trop de
tout ce que j’ai lu (rire) .
Anonyme : Je dirai… au moins cinq romans hein, voire
plus.
Anonyme : Surtout de la bibliothèque enfantine Le tour
de la terre en quatre-vingt jours
Anonyme : Au moins deux
Anonyme : J’ai lu beaucoup de romans hein, mais pas
de la même façon. Il y en a que je lis en profondeur,
donc je lis et relis, et il y en a que je lis en diagonal.
Puisque j’étais en Lettres Modernes, et puisque
j’étais en deuxième année, j’ai
lu les quatre romans qu’il y avait au programme, ensuite
j’en ai lu d’autres pour mes besoins culturelles
donc... (Générique)
JPA : Beaucoup d’élèves lisent tout simplement
parce que le programme scolaire leur recommande certaines
œuvres. Alors une autre question se pose, que feront-ils
demain ces élèves bien entendu, quand ayant
achevé leurs études, ils n’auront plus
besoin de cette lecture utile, qui leur tient lieu de lecture
tout simplement...
Speakerine : « une œuvre, un auteur. Jean-Pierre
ARICIA dans l’émission « Repère
C ».
JPA : L’âge du premier roman togolais de langue
française remonte à l’an de grâce
1929, époque à laquelle Félix COUCHORO
publie à la maison d’édition de la Dépêche
africaine, L’esclave, un ouvrage qui paraît au
moment où nombre de têtes couronnées de
la littérature négro-africaine au jour d’aujourd’hui,
n’avaient pas encore commencé à écrire.
Plus tard, la décennie 70 s’ouvrira sous de meilleurs
auspices avec la montée des universitaires au premier
plan de la production romanesque. Et on peut dire globalement
que c’est de cette période que date l’intérêt
grandissant des intellectuels togolais pour la pratique de
l’écriture. Aujourd’hui, on est en droit
de reconnaître l’existence d’une véritable
littérature togolaise.
Certes on est aussi en droit de déplorer le fait que
certains de nos écrivains aient un regard tourné
vers l’extérieur : l’occident en particulier,
accouchant ou se faisant éditer leurs œuvres pour
le public de leur pays d’exile. Acculturation ou assimilation
? Difficile d’y répondre. Toutefois nous pouvons
donner raison à Apédo Amah Togoata, professeur
des Lettres Modernes à l’Université de
Lomé, critique littéraire, lorsqu’il lance
sa boutade, je cite : « Si nous ne pouvons pas sauvegarder
nos têtes pensantes, et bien, l’Europe se fait
un plaisir de les récupérer », fin de
citation. Bien entendu la nature a horreur du vide ; c’est
mon impression à moi…(Générique
) Heureusement, nous avons encore la chance de voir dans les
rayons de nos bibliothèques, à travers les vitrines
de nos librairies, dans les dépôts de certaines
maison d’éditions, des noms d’auteurs qui
restent accrochés à nos valeurs, à nos
préoccupations, à nos problèmes, qui,
sous leur plumes expertes ou légères selon certains
critiques toujours, prennent une dimension sociale qui nous
interpelle tous… (générique).
Et l’un des objectifs que nous nous sommes fixés
dans cette émission, est de partir à la rencontre
de nos Hommes de Lettres. Et ce matin je m’entretiens
avec Dissirama BOUTORA TAKPA, un jeune qui vient de se lancer
sur l’âpre chemin de « ceux qui crient en
vain » avec un premier roman qui porte le titre suivant
: Journal d’une bonne …(générique).
Dès les premières lignes, Guy MISSODEY, enseignant
chercheur à l’université de Lomé
et critique littéraire qui a préfacé
ce roman, écrit ce qui suit : Pitié et révolte
: tels sont les deux sentiments entre lesquels oscilleront
certainement les lecteurs de Journal d’une bonne. Il
poursuivra plus tard : le sujet dominant de Journal d’une
bonne est la nouvelle forme d’esclavage dont sont victimes
des enfants, orphelins et déshérités
d’Afrique (…) Mais ce sujet d’actualité,
sous la plume de Dissirama BOUTORA-TAKPA, aura plus d’amplitude,
grâce aux techniques du récit adoptées
par l’écrivain… Toujours plus bas il écrira
: On comprend que le jury du Prix Littéraire France
- Togo ait voulu couronner le talent du jeune romancier en
lui décernant le Prix de l’Édition 2001.
Enfin, Monsieur Guy Missodey conclu par une exhortation :
Comme il ne suffit pas de parler d’un roman pour en
rendre compte, je vous convie à la lecture de Journal
d’une bonne… (Générique). Mesdames
et messieurs, fidèles auditeurs de la fréquence
de la différence, Radio Victoire émettant depuis
la cité Tokoin Habitat de Lomé, voilà
sommairement exposé le contenu de l’œuvre
romanesque qui retient notre attention ce matin. Et qui dit
œuvre, renvoie nécessairement à son auteur
; aussi donc, vais-je donner la parole à son auteur
Monsieur BOUTORA TAKPA Dissirama. : Bonjour monsieur l’écrivain.
D
B : Bonjour, bonjour ! Je voudrais d’abord dire merci
à monsieur Jean-Pierre Aricia de me donner la parole,
je voudrais également remercier du fond du cœur
toute l’équipe de Radio Victoire, et particulièrement
celle de l’émission Repère C qui m’accueille.
JPA : Merci à Dissirama, ce sont des mots qui nous
vont droit au cœur, et j’espère que toute
la direction de Radio Victoire est à l’écoute
et vous en sera gré. Dites-nous un tout premier mot
: il paraît que l’écrivain, c’est
"celui qui crie en vain ".
DB : C’est non seulement celui qui crie en vain, mais
aussi je crois, celui qui, malgré le silence qu’il
y a autour de ses paroles, persiste et signe.
JPA : Voilà, pourquoi pas,"persiste et signe aussi"…Dissirama,
nous vous prierons de vous présenter un tout petit
peu à nos auditeurs.
DB : Dissirama BOUTORA TAKPA est issu d’une formation
juridique, de nationalité togolaise, et auteur du roman
Journal d’une bonne dont nous allons discuter bientôt.
JPA : Question un peu indiscrète, est-ce que Dissirama
BOUTORA TAKPA a une bague au doigt ?
DB : euh !… Une bague au doigt, non, mais … sur
le doigt de l’âme, OUI.
JPA : C’est un romancier, mais Dissirama est aussi Poète
; « une bague sur l’âme ! »…Bien
dit. Une question encore, est-ce que vous pouvez nous faire
une différence entre le mot auteur et le mot écrivain
?
DB : Ah bien sûr ! Un auteur , c’est une personne
qui est à l’origine d’une invention ou
d’une création qui peut être à caractère
technique littéraire, musicale ou autre, alors que
l’écrivain est défini comme une personne
qui compose ou écrit des œuvres littéraires.
Donc nous dirons tout simplement que les deux termes peuvent
parfois se rejoindre, voire se confondre. À savoir
qu’un écrivain est un auteur, auteur d’une
oeuvre de création à caractère littéraire,
alors que quand on parle d’auteur tout court, il ne
s’agit pas forcément d’un écrivain,
puisqu’il existe des auteurs réalisateurs, des
auteurs d’invention d’ordre technique ; donc dans
ce cas les deux termes se distinguent nettement.
JPA : Merci à vous de nous accrocher sur ces deux termes
qui quelques fois prêtent à confusion. Voilà
une autre question, votre roman qui a pour titre Journal d’une
bonne, est l’œuvre qui vous propulse dans le monde
des écrivains. Est-ce que vous avez pressenti en vous
qu’un jour vous deviendrez écrivain ?
DB : Merci Aricia, personnellement, je n’ai jamais pensé
ou même rêvé devenir écrivain. Mais
curieusement, c’est un professeur de français
qui me l’a dit un jour au CEG Agbodrafo. C’était
après un BEPC-blanc, ma copie avait reçu plusieurs
signatures-des compliments sans doute, et le prof en question
dont j’oublie malheureusement le nom, puisqu’il
n’était pas mon professeur titulaire, avait demandé
à me rencontrer pour avoir lu ma copie. Il m’avait
dit : « vous avez présenté une belle rédaction,
et si vous persévérez, vous pourriez devenir
un jour écrivain. Je ne l’avais pas pris très
au sérieux, …
JPA : Et combien aviez-vous eu à l’époque
comme note pour cette composition française?
DB : Je pense, c’était 14/20 avec environ huit
signatures…
JPA : Pas mal ! et bien, moi je peux vous dire que j’ai
toujours eu en deçà de 8/20 en composition française…
DB : Oui bon… l’appréciation d’une
composition française est souvent aléatoire,
et il faut avoir une certaine chance pour avoir l’unanimité
des voix…
JPA : encore faut-il avoir un bon professeur de français
qui sait apprécier les compositions littéraires.
DB : C’est ça.
(Générique en fond sonore)
JPA : Revenons à l’œuvre proprement dite.
Je vous signale au passage mesdames et messieurs qu’elle
a été primée en 2001 par le jury du Prix
littéraire France-Togo, une association qui œuvre
aussi pour la défense et l’illustration des belles
Lettres togolaises. La lecture du Journal d’une bonne
nous conduit au Gabon qui aujourd’hui selon un rapport
de l’UNICEF, est considéré comme un pays
récepteur d’enfants victimes de ce trafic que
vous dévoilez avec votre plume. Voici ma question à
présent : l’histoire de votre héroïne
Agathe ou Adjo (c’est selon), est-elle fiction ou réalité
?
DB : Oui, je dirai que l’histoire de Agathe ou Adjo,
est fiction par mon travail d’écriture, et réalité
par les observations de ma société.
JPA : Oui …
DB : Alors, je dis fiction par mon travail d’écriture
parce qu’il a fallu faire appel à une certaine
aptitude pour pouvoir présenter le délicat destin
d’Agathe en un genre littéraire, c’est-à-dire,
définir l’intrigue, évoluer à travers
un style ! Mais avant, il y a eu un déclic inspiré
de la réalité, et dont j’ai personnellement
été témoin. Donc, en voyant la vie d’une
fillette du quartier qui a été complètement
brisée par une aventure au Gabon, je n’ai pas
hésité à prendre la plume, et à
faire parler cette fille là qui avait perdu la parole
à son retour. Voilà pourquoi je dis qu’en
fait, la vie d’Agathe est réalité.
JPA : Est-ce que vous vous classez parmi le groupe des écrivains
engagés ?
DB : Il faut dire que chaque écrivain est engagé
à sa manière, mais pour ce qui est du thème
de Journal d’une bonne à savoir l’exploitation
et le trafic des enfants, vraiment, il faut se mouiller pour
que ce fléau puisse connaître une fin heureuse
pour tous ces enfants déshérités et orphelins
qui le plus souvent sont les victimes de ce fléau.
JPA : Merci monsieur Dissirama, mesdames et messieurs, comme
on le dit souvent, il ne suffit pas de parler d’un roman
pour en rendre compte, aussi, vais-je vous inviter à
écouter une lecture d’un extrait qui nous a été
fait par une lectrice… je préfère taire
son nom :
Voix
anonyme de la lectrice :
« … Voici presque un mois, que Féçal
a couché avec moi ici même. Lorsque je débarrassais
la table tout à l’heure, il m’a fait signe
de la tête qu’il passerait ce soir. Je n’ai
plus peur qu’il vienne, car j’ai hâte de
recevoir des nouvelles de mes parents. Tout ce que j’attends
de lui, c’est qu’il vienne me parler de leur cimetière
et du jour où il me permettra de leur rendre hommage.
Mais je sais aussi qu’il vient pour « ça
» et qu’il n’acceptera pas que je me refuse
à lui. Alors, je me demande avant qu’il ne frappe
à ma porte, ce qu’il est au juste pour moi. Un
ami ? Un copain ? Et lui, que suis-je pour lui ? Une... une
esclave soumise ? Je ne saurais le définir clairement.
Souvent je me place plutôt au même rang que notre
chien Toupasse car je n’ai aucune valeur, même
si je couche avec Féçal. Non seulement je sacrifie
tout mon temps à servir mes employeurs, mais aussi
je dois mettre mon corps à la disposition de leur fils
unique dans la maison même où j’ai fait
mes premiers pas. Voilà, il frappe à la porte
Paméla, il vaut mieux lui ouvrir tout de suite(…)
Hier nuit Féçal est reparti tout nerveux. Il
n’a pas hésité à me traiter de
«fille ignorante». J’aurais aimé
savoir ce qu’il ferait à ma place. Permets-moi
de t’en parler Paméla, cela me consolera.
Comme tu le sais, Féçal frappait à la
porte ici hier soir quand je refermais tes pages. Je pensais
qu’il m‘apporterait au moins des nouvelles de
mes parents, mais je me trompais. Tout ce qu’il était
venu chercher, c’était de coucher avec moi à
nouveau. Puisqu’il ne tolérait pas que je lui
résiste, je ne pus l’empêcher d’obtenir
ce qu’il voulait. Seulement, tout juste après,
il se rendit compte qu’il s’était fait
tacher par du sang ; le voilà nerveux et fâché
…»
Générique
en fond sonore.
JPA
: Agathe ou Adjo, c’est le personnage principal de ce
roman Journal d’une bonne qui vient de nous confier
ses petits malheurs à travers cette lecture faite par
une lectrice. Dissirama,
DB : Oui,
JPA : Cette héroïne dans votre écriture,
souvent pour confier ses malheurs, fait référence
à un objet de fortune ; il s’agit d’un
journal, un vieil agenda trouvé dans une poubelle et
à qui elle donne un nom : Paméla. Quel effet
cherchez-vous à produire à travers ce témoin
muet, un objet insensible aux sentiments humains ?.
DB : Oui, en me mettant dans la peau de la petite Adjo, j’avais
brusquement trouvé un certain vide autour de moi. Sans
parent, ni lien affectif quelconque avec un membre de l’entourage,
la misère morale et physique venant de partout. Adjo
est ce personnage solitaire qui habite tous ces enfants exploités,
orphelins et déshérités sans voix. Ces
orphelins, ces enfants qui le plus souvent n’ont plus
de soutien familial, qui sont l’objet de ces genres
d’abus, à qui on donne l’impression d’être
des moins que rien, et qui n’ont d’égale
que des objets. N’ayant pas trouvé d’interlocuteur
fiable parmi les hommes, l’héroïne décide
de faire d’un objet, c’est-à-dire, un vieil
agenda, une confidente. Et je peux dire là monsieur
Jean-Pierre que l’attitude de l’héroïne
n’est pas le fait de la fiction, parce qu’en réalité,
tous ces enfants victimes de l’exploitation ressentent
toujours le besoin d’être écouté
mais ils n’ont pas souvent cette chance de partager
une intimité amicale ou affective avec leur entourage.
Personnellement, j’ai l’impression que l’héroïne
serait morte plus tôt sans sa confidente.
JPA : Une confidente de fortune. Votre héroïne
oscille aussi entre deux prénoms ; tantôt elle
se fait appeler Agathe, tantôt elle se fait appeler
Adjo. Est-ce un dédoublement de personnalité
?
DB : Je ne dirai pas qu’il s’agit d’un dédoublement
de personnalité, mais plutôt d’une cohabitation
de deux destins dans la vie de l’héroïne.
Agathe est le titulaire d’un destin naturel, peut-être
même idéale ! alors que Adjo est le titulaire
d’un destin mue par des contingences sociales. Le problème
est que ces deux destins se disputent le personnage de l’héroïne.
Donc cette situation plonge l’héroïne dans
une crise identitaire. Si on relativise un peu l’ironie
du sort, on dira qu’Agathe, c’est l’être
Africain de l’héroïne, et Adjo, le Noir-américain.
Si vous voyez un peu ce que ce que je veux dire.
JPA : Je vois un peu ce que vous voulez dire monsieur Dissirama
BOUTORA TAKPA. Ça fait trois ans que le roman est sorti,
est-ce que vous avez une idée de la façon dont
le lectorat togolais a accueilli votre tout premier roman
?
DB : Ah oui ! là je voudrais déjà remercier
avec beaucoup d’humilité les lectrices et les
lecteurs de Journal d’une bonne. J’ai commencé
par dire les lectrices parce qu’elles ont été
les plus nombreuses à m’exprimer leurs soutiens
et encouragements à travers le monde, d’ailleurs,
la première réaction reçue de l’extérieure
venait d’une actrice de cinéma, c’est pourquoi
je dis que je dois beaucoup aux lectrices, parce que non seulement
elles ont lu, mais plusieurs d’entre elles ont tenu
à me faire des remarques que je prends au sérieux.
Même des couturières, des vendeuses de Tchouc
qui ont quitté les bancs depuis des années ont
pu lire l’œuvre pour me faire des remarques, alors
je ne peux que les remercier. Également au Togo, il
y a plusieurs établissements scolaires qui m’ont
reçu sur invitation, donc je dis également merci
à tous ces jeunes là qui se battent pour conquérir
leur connaissance, et je pense aux élèves du
lycée Hédzranawé, Agbalépédo,
la bibliothèque d’Akodésséwa, puis
à Kpémé où huit établissements
scolaires se sont organisés pour une causerie-débats
autour le l’œuvre, je peux dire que j’ai
aussi puisé dans ces échanges, et c’était
des rencontres d’échange, et je ne peux que m’en
réjouir
JPA : Dissirama, les lectrices de votre ouvrage, je peux vous
l’assurer, elles sont nombreuses, nous allons encore
écouter une seconde lecture qui a été
faite par une demoiselle. Nous l’écoutons.
Voix
de la lectrice. : "… Pendant que je m’étais
mise à pleurer d’innocence et de pitié,
Tanti Amévi sortit rapidement et revint avec une ceinture
en cuir de son mari. Elle me frappa comme une vraie petite
fille un peu partout sur le corps, devant l’indifférence
du reste de la maisonnée.
Paméla, je pense que Féçal est l’auteur
de tous ces malheureux événements car pendant
que je lui faisais des commissions, il a eu le temps de saboter
tout mon travail de cet après-midi. Même si je
n’ai pas la preuve de ce que j’avance, j’ai
au moins la preuve qu’il m’en veut depuis quelques
temps, et qu’il veut me créer des problèmes.
Comment pouvais-je deviner que ce jeune étudiant à
l’allure calme, était aussi rancunier ? J’aimerais
lui demander ce qu’il veut de moi. J’aimerais
vraiment savoir pourquoi il m’a causé tant de
tort.
A cause de lui, Tanti Amévi a décidé
aussitôt, qu’elle ne payera pas, pendant cinq
mois, les trois mille francs de rémunération
mensuelle qu’elle envoie à Da-Abra. Ainsi, cet
argent qui devait servir plus tard à la signature de
mon contrat d’apprentissage, lui permettra plutôt
de renouveler les effets endommagés. D’ailleurs,
je me demande si finalement cette promesse sera réalisée
un jour, car cela fait deux ans que je travaille ici, ce qui
veut dire que j’ai travaillé pour soixante mille
francs au moins. Et je me demande si un simple contrat d’apprentissage
coûte autant…"
JPA
: Je n’ai pas pu résister à l’envie
d’approcher cette lectrice afin d’avoir ses impressions
sur votre ouvrage Dissirama, et nous allons l’écouter
maintenant.
Voix
de la lectrice : c’est un ouvrage que j’ai lu
il y a quelques années maintenant, et j’ai été
agréablement surprise d'abord parce que l’auteur
est un jeune togolais, et il n’y a pas beaucoup de jeunes
qui se frottent à l’écriture, donc déjà
c’est une bonne chose, ensuite parce qu’il s’agit
d’un sujet d’actualité. Un sujet qui malheureusement
est encore d’actualité, et le fait d’écrire
cet ouvrage, est aussi une façon de lutter contre ce
fléau. Ce que j’ai aimé dans Journal d’une
bonne, c’est cette faculté qu’à
l’auteur de se glisser dans la peau de son héroïne
; il arrive très bien à restituer toute une
gamme de sentiments féminins sans fausse note, et surtout
sans tomber dans un pathos. En plus il y a chez lui l’empathie
pour ses personnages, et cette empathie, il arrive très
bien à le communiquer au lecteur.
JPA : Mesdames et messieurs, vous êtes toujours à
l’écoute de la Radio Victoire émettant
depuis Tokoin habitat, il est exactement 09heures37 minutes,
nous sommes en plein pied dans l’émission Repère
C, je m’appelle Kilim, et je vous rappelle que ce matin
je suis en pleine discussion avec Dissirama BOUTORA TAKPA
qui vient présenter, que disons, entretenir avec nous
sur l’histoire de cette héroïne Agathe ou
Adjo (c’est selon), et une histoire qui nous interpelle
tous parce que nous sommes tous responsables de ce dont souffre
ces petits enfants qui sont envoyés quelques part pour
des activités qui n’ont pas de rapport avec leur
âge. Dissirama, encore une question, est-ce qu’après
la parution de ce roman, nous pouvons encore espérer
de votre part, d’autres productions littéraires
?
DB : Merci Aricia, je remercie du fond du cœur cette
lectrice qui a fait une lecture très professionnelle
de l’œuvre,…
JPA : Je peux vous dire que les lectrices et les lecteurs
professionnels, on en compte par milliers dans ce pays.
DB : …Et donc aussitôt après Agathe, j’ai
rencontré une autre héroïne qui s’appelle
Célifa. Les premiers lecteurs du manuscrit de ce deuxième
roman qui est prêt et qui ne reste qu’à
être servi au public, trouvent que Célifa est
sympathique, chaleureuse et courageuse, je partage avec un
peu d’appréhension cet avis, mais ce que je puis
dire, c’est que j’ai beaucoup appris avec Célifa,
avec elle j’ai vécu une fabuleuse aventure, dont
l’univers se partage une fois encore entre réalité
et fiction. Mon souhait est que tous les lecteurs de Journal
d’une bonne puissent aller également à
la rencontre de cette héroïne, pour peut-être
apprendre et échanger avec elle, tout comme moi j’ai
aussi échangé avec cette héroïne
formidable.
JPA : J’ai l’impression que la question féminine
vous intéresse plus que les questions masculines. Dans
votre premier roman il s’agit d’Agathe ou Adjo,
et dans votre second ouvrage qui va paraître bientôt,
j’espère que ça ne tardera pas, il s’agit
encore d’une fille : Célifa. Pourquoi cette affinité
pour les femmes ? Cela relève t-il de votre nature,
?
DB : Peut-être oui, peut-être non, mais ce que
je pense, c’est que les femmes sont le plus souvent
au carrefour des problèmes de nos sociétés….
JPA : Et nous les hommes, que sommes-nous dans tout ça
?
DB : Oh les hommes ! il y en a quand-même qui vivent
presque les mêmes difficultés, les mêmes
aventures que les femmes, mais je peux dire que j’ai
rencontré mon premier héros dans le troisième
roman que je prépare, et ça m’a vraiment
fait une de ces surprises parce que j’ai cru que sur
mon chemin je ne rencontrerai que des femmes, des filles,
finalement j’ai trouvé un héros, et là
je suis très heureux et curieux de voir si notre cohabitation
sera aussi riche que celle que j’ai souvent échangée
avec mes héroïnes Célifa, Adjo, ou Agathe…
JPA : En tout cas c’est un vœu, et je suis sûr
que ce vœu sera exaucé. Est-ce que vous avez un
dernier mot à nous dire ?
DB : Un dernier mot, je voudrais d’abord remercier tous
les auditeurs, de cette émission, et tous les lecteurs
de Journal d’une bonne, je considère tout ce
public comme un public formidable, et j’estime qu’ils
vont unir leur voix, à la lutte contre le phénomène
de l’exploitation des enfants.
JPA : Merci, Dissirama, BOUTORA TAKPA, vous ne partez pas,
vous resterez avec moi jusqu’à la fin de cette
émission. Si le milieu du critique littéraire
togolais s’est peu ou pratiquement pas prononcé
sur la porté littéraire et sociale de l’histoire
de Journal d’une bonne, d’autres par contre se
sont intéressés à cet ouvrage ; je me
suis permis une petite promenade sur Internet et les résultats
que j’ai obtenus, m’ont stupéfiés.
Plusieurs sites réservés à la parution
de nouveaux livres et romans, ont consacré des pages
à l’étude et au commentaire de cet ouvrage
; en voici la teneur de quelques uns :
Sur le site www.afrilivres.com , on peut lire ceci : «
Petit roman pour ce jeune auteur togolais, roman social sous
la forme d’un journal adressé à une inconnue,
Paméla, la vie terrible d’une bonne. Agathe perd
son nom, en même temps que ses parents. Adjo, son nom
d’esclave moderne lui sera donné par ses premiers
patrons, tenanciers d’une petite entreprise d’enfants
esclaves au Gabon. Son sort ne fera qu’empirer, lorsque
"libérée", elle deviendra bonne à
tout faire dans son pays d’origine. Agathe est Adjo,
Adjo est Agathe. À tour de rôle, elle redevient
Agathe, quand elle recommence à espérer une
autre vie, une vraie vie, une vie digne. Mais le destin sans
cesse, la renvoie à Adjo, irrémédiablement.
Véritable fléau en Afrique subsaharienne comme
au Nord, la mise en esclavage des enfants par des adultes
est un fait avéré souvent camouflé derrière
de trop de bonne intentions "sans ce travail, cet enfant
serait à la rue. » Ensuite, l’Académie
des sciences d’Outre-mer par le biais de Madame Anne-Marie
STAMM, nous fait ce compte rendu : L'auteur du Journal d'une
bonne, petit roman bien écrit, a du talent : il sait
varier la présentation de son sujet qui se veut "réconciliation
du littéraire et du social", selon l'expression
du préfacier Guy Kokou Missodey. Il sait émouvoir
avec des faits biens connus des lecteurs de faits divers.
Écrit par un homme, il représente bien - à
ce que j'en sais par de nombreuses mais pudiques confidences
de femmes - l'esprit des jeunes Africaines qui évoluent
entre le monde de la tradition et celui de la modernité.
L'héroïne Adjo ( ou Agathe) garde une distance
certaine par rapport à ce qui lui arrive, elle ne s'indigne
pas, ne se révolte pas, ne juge pas, elle raconte tout
simplement le désir des garçons qui l'entourent
et sa manière - à demi consentante - d'y répondre.
Ce Journal d'une bonne veut sensibiliser les lecteurs, qu'ils
soient africains ou européens, au sort de ces petits
domestiques à qui leur enfance est à tout jamais
volée, qui - dans les pires conditions - apprennent
la vie sociale, ses rares joies et ses nombreuses peines.
Anne-Marie STAMM
Enfin, Naliali Benjamin de la Côte d’Ivoire juriste
de formation nous fait en sept pages une étude complète
de cet ouvrage ; il conclut par un appel à une prise
de conscience des Africains sur certains maux qui minent notre
continent je vous donne connaissance du dernier paragraphe
de son étude que son auteur a titré : Journal
d’une bonne, une œuvre d’une portée
sociale remarquable : … L'auteur du Journal d'une bonne
attire l'attention de nos dirigeants sur ce fléau du
siècle. Les enfants déshérités
en sont les plus exposés. Observez le nombre de partenaires
de la pauvre Adjo. Une pluralité d'amants. La lutte
doit être renforcée et consolidée. Déjà,
il existe un fond mondial de lutte contre le SIDA, une œuvre
des pays du Nord, dont les pays africains sont largement bénéficiaires.
Nous estimons pour notre part que les Africains doivent se
prendre en charge pour la lutte contre le SIDA. Des fonds
doivent être créés dans chaque État.
Avec des prélèvements obligatoires sur tous
les contribuables.
Comme le dit bien le Reggae Man ivoirien Alpha Blondy, il
serait réaliste que nos dirigeants que nous autres,
nous appelons nos princes, sacrifient un mois de leurs salaires
pour sauver la vie de leurs compatriotes. C'est aussi là
un sens aigu du patriotisme et de la vraie responsabilité,
mais aussi le fondement même de la souveraineté
d'un État. Souveraineté en " dehors ",
souveraineté en " dedans ". L'humanité
est en dérive. Et il faut la sauver ; au lieu de se
doter des armes et se livrer par la suite à de sales
guerres inopportunes et fratricides."
Chers amis du bout des ondes, écrire n’a jamais
été une mince affaire car le langage écrit,
n’est pas la traduction réussie du langage oral
en signes graphiques. Sa maîtrise n’est pas non
plus la simple assimilation de la technique d’écriture
mais elle requière quatre facultés dit-on souvent.
L’imagination, la sensibilité, l’intelligence,
et le goût. Et les sources d’écriture sont
aussi multiples ; ils correspondent à ce que beaucoup
de gens appellent faussement, l’inspiration ; c’est-à-dire,
où vais-je aller puiser mes idées pour écrire
? Et lorsqu’il s’agit a fortiori de produire des
textes, et des textes littéraires de surcroît,
on s’aperçoit bien vite qu’écrire
est un art, et cet art a des genres, et que chaque genre a
des règles, des exigences. Gustave Flaubert, c’est
le seul exemple que je puis vous donner, a mis six longues
années pour achever en 512 pages, format livre de poche,
son roman Madame Bovary dont les lecteurs auraient apprécié
la pureté du style. C’est vous dire à
quel point l’écriture est une remise en question
permanente. Elle se nourrit trop souvent d’imprévus,
dimension constitutive de l’imaginaire. Surtout, ne
vous imaginez pas qu’il faille nécessairement
avoir une licence en orthographe ou en grammaire pour écrire.
Écrire correctement est autant une marque de bonne
éducation qu’une preuve d’instruction.
Boileau, Écrivain français du XVIIème
siècle, a formulé une vérité éternelle
en disant ceci : " ce que l’on conçoit bien
s’énonce clairement, et les mots pour le dire
arrivent aisément."
Générique…
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