NOTE D'INTENTION

LES ENFANTS DE L'INFORMEL

À l'origine, l'idée était d'obtenir quelques photos authentiques d'enfants travailleurs locaux pour les besoins d'un atelier d'écriture. Le projet est révisé ensuite sur le coup de l'émotion et des réflexions faites au cours de cette première phase de sa réalisation.

Nos marchés informels grouillent d'enfants revendeurs et revendeuses ambulants. La valeur totale ou le bénéfice escompté sur leur marchandise ou articles atteint rarement 500 F CFA, c'est-à-dire moins de 1$. Ils devront pour cela faire le tour du quartier, de la ville, aller parfois d'une agglomération à une autre sans aucune pièce d'identité pour écouler leur marchandise. Leur effectif est encore difficile à établir du fait de leur mobilité, surtout que la majorité est ignorée des services d'état civil. Sans instruction, avec pour toute expérience professionnelle, l'impéritie et l'inexpérience, ils sont jetés dans la rue comme des pourvoyeurs de ressources pour le compte de leurs tuteurs, et comme de dociles serviteurs au sein d'une société où les difficultés de la vie et l'individualisme grandissant semblent aveugler les habitants sur leur situation vue comme une fatalité. Nous les avons photographiés sur le terrain, en action, et dans l'anonymat, car ils n'avaient pas l'air de se donner en spectacle : ils travaillaient !

La somme de leurs aventures " individuelles " se résume le plus souvent en un seul mot : "trahison". D'autant plus que Nous avons dû rendre par deux fois nos pellicules sous la pression et les menaces de certains commerçants de l'informel. Preuve que l'attention qu'on manifeste pour ces enfants menace leurs intérêts. Le secteur informel est une gigantesque usine (à ciel ouvert) d'exploitation d'enfants. Nous savons que les pays de l'Afrique subsahariennes sont sous industrialisés, et que presque tout l'effectif des enfants travailleurs est plutôt absorbé par le secteur informel. Question : peut-on parler d'une véritable lutte contre le travail des enfants en Afrique subsaharien sans faire du contrôle de l'informel, une priorité? À quoi cela nous sert-il de signer des conventions et des textes sur le travail, des enfants (encore que nous sommes souvent les premiers à les signer), si ce secteur continu d'être en la matière une zone de non-droit ? Puisse qu'on oppose habituellement que ce secteur échappe au contrôle des pouvoirs publics. Mais on argumente rarement que des structures étatiques y perçoivent quand-même des taxes ; que des structures organisées de micro crédits y sont présentes, et qu'elles constituent déjà des groupes de pression capables d'influencer positivement le devenir de ces enfants. On oppose aussi que ces derniers sont victimes de la pauvreté. Mais disons-nous la vérité : même si les " très généreux " donateurs des pays riches veulent bien nous distribuer les dollars quotidiennement requis pour nous mettre à l'abris du besoin, elle ne pourra rien pour ces enfants généralement sans acte de naissance, sans badge, sans pièce d'identité. Elle ne saura pas surtout combien sont ces enfants qu'elle veut bien sauver ; ce qui veut dire qu'elle se fiera à des chiffres irrationnels, ce qui profitera à ceux qui font de leur mieux pour vivre honnêtement de la détresse de ces pauvres enfants. Les organisations de défense des droits de l'homme et les médias rendent régulièrement compte des abus de nos chefs d'États, mais presque pas des violations faites par des communautés citoyennes. Pourtant, un marché bien connu d'une capitale ou d'une ville qui emploie un millier d'enfants comptés en moins de trois heures, mérite de figurer dans leur rapport.

Rappelons en passant que toutes nos photos ont été prises entre 07 heures et demi et 11 heures du matin, c'est-à-dire, aux heures de classe du cours primaire. Ces enfants vont à une autre école où on apprend vite qu'entre réalité et fiction, le fossé peut être incommensurable. Merci de votre attention.

Dissirama BOUTORA-TAKPA.

 

Equipe de l'exposition

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