| Préface
Dissirama
BOUTORA TAKPA est un authentique auteur africain. Ce qui signifie
que si l'on cherche un Noir formaté à la pensée unique et au " politiquement
correct " occidental, il vaut mieux voir ailleurs. Dans son premier
roman, " Journal d'une bonne "(Prix France-Togo 2001), le jeune
écrivain nous dévoilait avec une justesse de ton exceptionnelle
le destin cruel d'une fillette dépossédée par ses oncles, réduite
en esclavage, abusée sexuellement et vouée à la mort par la faute
d'un garçon avare et égoïste. Nous sommes loin du bon sourire aux
dents blanches, de l'insouciance, de cette naïveté et de cette solidarité
que l'on prête facilement aux Africains. Il est des préjugés positifs
comme il en est de négatifs. Le phénomène que dénonce BOUTORA-TAKPA
détruit des millions de jeunes filles, mais qui en parle dans nos
pays du Nord ?
Célifa
nous fait pénétrer un autre recoin de l'âme africaine : celui des
traditions que leur communauté ne voue pourtant pas à la disparition.
Pour avoir refusé l'excision, l'héroïne se croit frappée de malédiction.
Elle connaîtra l'abandon de son premier mari, elle sera dépouillée
par la cupide famille du second, qui décèdera, et les enfants qu'elle
concevra mourront très prématurément. Jusqu'au jour où…
Que
le lecteur aux narines délicates ne se plonge pas dans ce roman.
Les descriptions très crues, certains diront scatologiques, des
réalités de la vie en Afrique, lui soulèveraient le cœur. Que le
puriste n'aille pas plus loin. Un style original fait craquer les
coutures du vieux corset de la langue française. Que le lecteur
droit-de-l'hommiste, démocrate, féministe et jeuniste, que celui
qui a foi dans les remèdes concoctés à Bruxelles ou à New-York se
détourne. La réflexion de Boutora-takpa le déconcerterait et le
choquerait. L'Afrique, terre de la jeunesse et de la vie, ignore
nos scrupules d'impuissant et nos timidités de vieillard.
En revanche, celui qui attend une histoire captivante, qui le plonge
dans ce continent de la démesure, celui-là sera comblé. Et celui
qui veut découvrir, à travers le regard d'un témoin enraciné dans
son milieu et que les modes euro-américaines n'ont pas contaminé,
les horreurs ordinaires de l'Afrique, mais aussi l'espoir, trouvera
dans ce court roman de quoi se défendre contre les mensonges blancs
ou noirs qui envahissent nos médias. Ces mensonges n'enrichissent
que les flatteurs des ONG, de la coopération et des organisations
internationales, ainsi que leurs complices. À ce lecteur honnête
et sans a priori, nous souhaitons une bonne lecture.
Jean-Loup
VIVIER
Membre de l'Académie des sciences d'Outre-mer |