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CONCLUSION GENERALE
Le sujet «
Le travail domestique, nouvelle forme d’esclavage : une lecture
de Journal d’un bonne de Dissirama Boutora-Takpa » a
été developpé en trois principales grandes
parties que sont la présentation de l’œuvre, l’univers
de Journal d’une bonne et la signification de l’œuvre.
Avant d’aborder ces parties proprement dites, il a été
utile de brosser, dans l’introduction générale,
l’état du phénomène de travail domestique
essentiellement des enfants dans le monde.
Actuellement,
à travers le monde, des millions d’enfants travaillent
au lieu d’aller à l’école. L’Afrique
est le continent le plus touché représentant à
elle seule 80 millions de 250 millions d’enfants travailleurs
qui sont recensés dans le monde. La tranche d’âge
des enfants qui sont victimes du travail domestique est comprise
entre 5 et 14ans. Ces enfants sont visibles dans plusieurs lieux
(exploitations agricoles, plantations, mines, carrières,
usines) ou travaillent comme domestiques dans des foyers de tierces
personnes. Parmi ces enfants, beaucoup sont vendus et font l’objet
d’un trafic en vue d’être utilisés comme
esclaves.
Les facteurs
qui contribuent à ce phénomène sont diversifiés:
la pauvreté criarde dans bien des communautés, l’ignorance
des parents, certaines coutumes/croyances traditionnelles, l’esprit
mercantiliste qui est devenu monnaie courante etc. Ces enfants domestiques
vivent dans des conditions assimilées à l’esclavage.
Ils travaillent sans relâche et sont soumis aux traitements
inhumains et malsains. En effet, ils sont victimes des tortures
physiques et morales (fouets, gifles…) qui leur sont infligées
par leurs maîtres/maîtresses. Outre ces traitements
horribles, il convient de citer la violence sexuelle sans nom dont
sont victimes essentiellement les filles.Ces domestiques sont en
fait depouillés de leurs droits à la vie, à
l’éducation, à la santé, à la
dignité humaine et autres.
Bien que ce phénomène semble gagner du terrain, certaines
initiatives ou actions ont été et continuent d’être
menées pour prévenir ou endiguer ce fléau.
Elles sont de plusieurs ordres: politique, juridique, social et
autres. En effet, il existe beaucoup de conventions et de lois tant
nationales, régionales qu’internationales relatives
à la protection et aux droits de l’enfant. Beacoup
d’organismes et organisations internationaux dont l’OIT,
l’UNICEF, l’UNESCO, l’ONU et des d’organisations
de défense des droits de l’homme (Human Rights Watch,
Amnesty International…) ne cessent de tirer la sonnette d’alarme
pour fustiger le travail domestique qui touche les enfants. Citons
pour mémoire le Progamme mondial pour l’abolition du
travail des enfants (IPEC) dont la mission principale est de sensibiliser
la population du monde entier sur la main d’oeuvre enfantine
et de convaincre les gouvernements à se conformer aux conventions
internationales, à légiférer et à appliquer
des lois stictes et à mettre en place des stratégies
et mécanismes susceptibles de mettre un terme à cette
peste.
Au niveau national
et régional, des ONG, des associations et des autres composantes
de la société civile sont à pied d’oeuvre
pour promouvoir et sauvegarder les droits de l’enfant. D’autres
domaines méritent d’être cités. Les medias,
les sports, pour ne citer que ceux-ci, ne sont pas de reste dans
cette lutte. Il est cependant inconcevable de constater que beaucoup
de ces initiatives ne sont que de simples rhétoriques et
que les lois et les conventions existantes sont léthargiques
voire insuffisantes.N’est- il pas scandaleux de constater
que l’opinion publique est anesthésiée au point
que l’inimaginable est en train de devenir simplement regrettable,
bizarre et enfin de compte normal ?
L’introduction
traite aussi des méthodes dont nous nous sommes servi pour
mieux mener notre analyse. Plusieurs méthodes ont été
empruntées mais elles se résument en deux approches
complémentaires : interne et externe. Dans le premier cas,
il a été question d’interpréter les éléments
du contenu tandis que dans le deuxième, il s’agissait
de les expliquer dans le contexte de l’existence d’une
réalité sociale. L’application d’une telle
approche requiert suffisamment de temps et d’instruments de
travail. Cependant, nous avons été limité par
le temps et le matériel à notre disposition.
Nous avons
abordé la première partie qui présente l’auteur
et son œuvre. En premier lieu, a été retracée
la vie de l’auteur ensuite de son œuvre. Avec Journal
d’une bonne il a été couronné par le
Jury du Prix Littéraire France- Togo édition 2001.
Il concentre toute son œuvre sur le thème de l’esclavage
moderne. Ses actions comprennent entre autres des conférences-
débats et des émissions sur les medias de place. Afin
de mieux cerner le cadre de notre sujet, nous avons présenté
un résumé du roman. Ce résumé retrace
l’itinéraire tragique d’Agathe (Adjo), l’héroïne
du roman. En effet, Agathe a connu un terminus a quo paisible et
prometteur pour enfin subir un terminus ad quem tragique. Sa vie
se résume en quatre principales étapes. Son enfance
a été presque paradisiaque avec des dispositions intellectuelles
brillantes ainsi que des merveilles dont la comblaient ses parents.
Tout cela constituait des signes avant coureurs d’un avenir
meilleur. Cette joie ne dure que sept ans. Le reste de sa vie va
être émaillé de tourbillons. Après la
mort de ses deux parents, elle est vendue au Gabon où elle
sert comme esclave pendant deux ans. De retour au Togo, son calvaire
ne connaîtra pas de répit. Après un séjour
ténébreux (deux ans) chez l’oncle Kotoka, elle
travaille comme bonne chez les Komlassan (deux ans). Là encore,
elle subit des tortures physiques et morales dont la violence sexuelle.
Outre la gonococcie qu’elle contracte, elle est engrossée
deux fois et est forcée d’avorter. Les douleurs qui
en résultent vont l’emporter.
La deuxième
partie présente en long et en large l’univers romanesque
ou en d’autres termes l’analyse interne du roman. Le
premier point traite de la société romanesque en dégageant
d’abord les classes sociales pour enfin mettre en lumière
les mœurs. Dans cette société gangrenée
par l’exploitation, les riches exploitent les pauvres à
travers un contrat de travail domestique régi par le rapport
du maître et du valet. Dans cette société essentiellement
« esclavagiste », le travail domestique rompt avec la
règle sociale. L’individu ne considère plus
l’individu comme son semblable mais comme un bien lucratif
voire un produit commercialisable – la traite d’êtres
humains surtout d’enfants est pratiquée dans cette
société-, un objet maniable, exploitable économiquement.
En plus de ces pratiques esclavagistes, les petites filles sont
victimes de la violence sexuelle dont le viol et l’avortement
forcé.
Après
cette peinture de la société romanesque de Journal
d’une bonne, suit l’interprétation du destin
tragique d’Agathe tout au long de son parcours. Son début
est stable, son enfance est idyllique. Les merveilles dont la comblent
ses deux parents préfigurent un avenir heureux. Cependant,
le verdict du destin vient le torpiller. La mort de ses deux parents
ouvre une nouvelle page dans sa vie. Sa vie bascule et l’hostilité
de l’entourage familial va la ruiner Pour mémoire,
ses deux parents ont été enterrés à
son insu et son oncle (l’Oncle Kotoka) l’a envoyée
au village chez Gnagna, sa grand- mère, où il n’y
a ni eau, ni électricité, ni télé. Suite
à l’indifférence et à l’hostilité
familiales, elle est enlevée, vendue et exploitée
au Gabon comme esclave avec toutes les souffrances et peines inimaginables
dont le viol. Pendant deux ans, Agathe, avec d’autres gamines
sont astreintes aux corvées pour le compte de Da-Yavo, la
gouvernante de la maison d’exploitation. Elles passent de
longues et pénibles journées sans repos et subissent
des traitements inhumains pour, la plupart du temps, des délits
mineurs. En guise d’exemple, une petite erreur dans les comptes
pouvait coûter au coupable des fouets, des gifles, des invectives,
des privations de nourriture…. Outre ces tortures, Agathe
est victime de la violence sexuelle. A neuf ans et demi, elle est
violée par Gezo, le gardien de la maison. Cette expérience
horrible va spolier son avenir. Après le démantèlement
de la maison d’exploitation, Agathe est rapatriée dans
son pays natal, le Togo, et retrouve son oncle. La femme de ce dernier,
Da-Abra, la traite comme une bonne. Comme cela ne suffisait pas,
elle se débarrasse d’elle et l’offre à
sa belle-sœur Tanti-Amévi qui va l’exploiter dans
son foyer. Agathe va servir comme bonne dans la maison qui auparavant
appartenait à ses parents et qui a été vendue
par son oncle à son insu. Elle va subir les mêmes tortures
que celles dont elle avait été victime chez Da-Yovo.
Les violences sexuelles sont plus éloquentes. Son corps appartient
à ses employeurs. Féçal, le fils de son patron,
abuse du corps de cette petite fille de 12 ans qui est ignorante
de tout ce qui a trait aux rapports sexuels. Même Babato,
le chauffeur de son patron, ne l’épargne pas. Les conséquences
sont énormes et fatales : gonococcie, deux avortements forcés…
.Cette violence sexuelle met fin à son existence.
La troisième
partie a été consacrée à la signification
de l’œuvre. En effet, la signification de l’œuvre
n’est pas la pensée d’un individu. Elle est la
revanche du « on » sur le « je » du «
ça parle » sur le « je pense ». Pour jouer
son rôle social, l’auteur, par le jeu des personnages,
promène son roman sur la route pour que chacun y voie son
image. Il s’agit de la représentation de la personne
en personnage. A travers le miroir de Journal d’une bonne,
chacun y voit son image et établit son rôle, ses responsabilités,
ses complicités, ou ses actions dans le travail domestique
essentiellement des enfants qui s’est métamorphosé
en esclavage. Dans sa révolte, l’auteur nous appelle
à sortir de nos coquilles pour nous investir dans la lutte
contre ce fléau qui mine les sociétés africaines
dites modernes. Aux bancs des accusés se retrouvent les trafiquants
d’êtres humains surtout des enfants, toutes les personnes
qui exploitent des enfants pour assouvir leurs appétits économiques,
tous ces individus qui infligent la violence sexuelle aux petites
filles, tous les parents ou membres de la famille élargie
qui confisquent les droits de l‘enfant dont les droits à
l’héritage et à l’éducation.
Dissirama Boutora-
Takpa nous sensibilise à criminaliser, pénaliser et
combattre la « peste » de l’exploitation des enfants,
éradiquer cet esclavage moderne. Les actions doivent être
menées sur le plan familial, communautaire, national, bilatéral
et multilatéral. Cette croisade doit rassembler le politique,
le juridique, le social, le sportif bref tout le monde sans exception
(gouvernements, organismes internationaux, société
civile, simples citoyens…)
Toute étude
accuse des limites. De ce fait, nous ne pouvons pas affirmer avoir
épuisé notre sujet. Ceci revient à dire qu’il
peut faire l’objet d’autres études et sous d’autres
angles. Par exemple, l’étude peut se proposer d’analyser
le rôle de la femme dans le commerce ou dans l’exploitation
d’enfants. Ce choix naîtrait du fait que les victimes
et les responsables de cette pratique sont principalement des personnages
féminins (Agathe, Da-Yélé, Da-Yovo, Da-Abra,
Tanti-Amevi…). L’on peut aussi orienter son étude
au destin tragique des orphelins africains. D’autres analyses
peuvent être strictement thématiques pour se pencher
sur le trafic d’enfants, la violence sexuelle infligée
aux petites domestiques etc. Par ailleurs, le roman a un caractère
polysémique, et autonome et la lecture semble être
la synthèse de la perception et de la création. Selon
Jean Paul Sartre (1948 :55) « l’opération d’écrire
implique celle de lire comme son corrélatif dialectique et
ces deux actes connexes nécessitent deux agents distincts.
C’est l’effort conjugué de l’auteur et
du lecteur qui fera surgir cet objet concret et imaginaire qu’est
l’ouvrage de l’esprit. Il n y a d’art que par
et pour autrui. » La polysémie d’une œuvre
implique en effet la pluralité des lectures. Par conséquent,
pour une même et seule œuvre, plusieurs lectures : structurales,
sociologiques, psychanalytiques…) peuvent être faites
suivant le lecteur et sa visée. C’est dans ce cadre
que Journal d’une bonne reste un outil précieux susceptible
de faire l’objet d’études variées.
Kigali
Institute of Education -Faculte des Lettres et Sciences Humaines,
combinaison Francais-Anglais Education, IVème année
(RWANDA)
PRÉSENTÉE PAR Jean Claude NDAGIJIMANA
SOUS LA DIRECTION DU Professeur
Simon Amégbléamé
E-mail de M. Jean Claude NDAGIJIMANA
: ndagijecl@yahoo.com
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